La construction circulaire en Wallonie et à Bruxelles : état des lieux | circubuild.be

La construction circulaire en Wallonie et à Bruxelles : état des lieux

  •   04 oct. 2021
  • Michel Charlier

A l’occasion de la sortie de son Livre de référence pour la construction circulaire, circubuild.be organisait jeudi dernier un événement prenant différentes formes – reportage, table ronde, présentations de produits et services – dont l’objectif était de faire l’état des lieux de la construction circulaire en Wallonie et à Bruxelles en 2021.

 

Cet événement a été l’occasion de découvrir notre hôte, Retrival, par la voix de l’un de ses directeurs, Damien Verraver. Coopérative-entreprise d’insertion créée en 1997, Retrival a comme métiers la déconstruction sélective, le tri et la collecte des déchets, et a parfaitement mis en pratique les principes de l’économie circulaire dans son nouveau bâtiment. Les bureaux ont été aménagés à 80% avec des matériaux de réemploi issus des chantiers de démantèlement organisés par Retrival. Damien Verraver : « La déconstruction n’est pas forcément sexy ou moins chère, mais nous essayons de favoriser le réemploi à tous niveaux. » C’est la raison pour laquelle Retrival a créé Cornermat, plateforme à la fois physique et digitale pour ‘faire son marché’. Nous consacrerons d’ailleurs un article spécifique au Cornermat lors de son lancement officiel.

A Bruxelles

L’objectif de la table ronde était donc de faire le point, avec divers intervenants, sur l’état actuel de la construction circulaire en Wallonie et à Bruxelles : décisions politiques, programmes mis en place, formations, soutien aux entreprises … Où en est-on fin 2021 ?

A Bruxelles, l’actualité, c’est l’Alliance Renolution. Ambroise Romnée, Facilitateur de l’axe construction du PREC, a évoqué cette Alliance qui va intégrer certains enjeux du PREC tout en allant au-delà car elle entend mettre en œuvre les enjeux énergétiques directs et indirects du bâti ... Il évoquera également le ‘Vadémécum Bâtiment circulaire’, un outil destiné à soutenir véritablement les maîtres d’ouvrage publics au fil de la vie du bâtiment, notamment en donnant des exemples de clauses pour les cahiers des charges.

Laurent Schiltz, Secrétaire général de la Confédération Construction Bruxelles-Capitale, parle quant à lui le rôle précurseur de la Région de Bruxelles-Capitale en matière de construction circulaire, « partie de loin, mais qui a connu une transformation à la fois théorique et pratique, notamment grâce à la volonté de la Région de travailler en bottom up avec tous les acteurs, une véritable innovation en matière de politique publique. » Laurent Schiltz évoque aussi Build Circular.Brussels, « dont l’objectif est d’aller chercher les entrepreneurs et de leur offrir un accompagnement sur mesure afin de mettre concrètement en place l’économie circulaire dans leurs chantiers. »

N’y a-t-il pas, à Bruxelles, pléthore d’acteurs, d’initiatives, d’incitants et donc dispersion (inutile) des budgets ? « C’est exact », reconnaît Laurent Schiltz, « mais pas seulement à Bruxelles… Cela touche toute la Belgique. Le nombre d’acteurs est trop important mais il existe une réelle volonté de les rassembler, c’est d’ailleurs le rôle de l’Alliance Renolution. » Ambroise Romnée n’est pas tout à fait d’accord. « Il est vrai qu’il existe beaucoup d’incitants et donc d’initiatives, mais nous pouvons désormais capitaliser et réglementer pour ouvrir la voie à d’autres. Il est temps d’aller au-delà des projets pilotes et de généraliser. » Laurent Schiltz insiste sur l’exemplarité des pouvoirs publics, qui est pour lui « la voie à suivre avant de passer à la réglementation. »

En Wallonie

La Région de Bruxelles-Capitale montre donc le bon exemple en matière de construction circulaire. Et en Wallonie, où en est-on ? Jonathan Boulvain, Conseiller Déchets et économie circulaire à la Confédération Construction Wallonne, reconnaît un retard de quelques années par rapport à Bruxelles. « De nombreuses initiatives ont existé auparavant, mais elles étaient diffuses et pas coordonnées. » Et de citer certains dispositifs d’accompagnement à destination des maîtres d’ouvrage et des pouvoirs publics, un service de référent Bas carbone ou Economie Circulaire chapeauté par la SOWALFIN ou des soutiens financiers tels que le chèque circulaire.

Sylvie Loutz, Chargée de projets en construction durable – Direction du développement durable au SPW, évoque aussi les choses mises en place par le passé en Wallonie : un plan d’action ‘achats responsables’, des outils pour aider les pouvoirs adjudicateurs … Elle parle plus en détails de Circular Wallonia et de ses six chaînes de valeur dont la construction, et du très récent appel à projets ‘Chantiers et services circulaires, souhaitant développer les partenariats entre architectes et entreprises, et clôturé le 19 septembre dernier. 16 dossiers de candidature ont été reçus et sont actuellement analysés. Les lauréats seront proclamés en novembre.

Comment se situer en tant qu’architecte ?

Ana de Moura Martins et Fabien Dautrebande, associés-gérants du bureau oPla architecture, estiment que le frémissement institutionnel et au niveau des entrepreneurs est encourageant. Pour Fabien, « un soutien public législatif incitant et même un peu contraignant est nécessaire, et le soutien financier est indispensable pour permettre à des filières à plus grande échelle de se développer, avec un apport logistique qui permettra aux prescripteurs et aux entrepreneurs de pouvoir profiter au maximum de ces filières circulaires. » Il reconnaît également que la rentabilité d’un projet circulaire n’est pas simple à gérer et que l’optimisation de tous les processus permettant la récupération de matériaux et la mise en place de systèmes de construction démontables sont donc très importants. Pour Ana de Moura Martins, « l’architecte se rend compte de sa responsabilité en tant que conseil, il est un personnage-pivot, un interface entre tous les intervenants d’un projet, pendant tout le processus. Notre part de responsabilité et d’investissement par rapport à la démarche d’économie circulaire n’est pas négligeable du tout. Nous devons prendre conscience de cela et entretenir une forme d’éveil en vue d’une sensibilisation. »

Quelle est la réalité actuelle d’un bureau d’architectes par rapport à la construction circulaire et quels sont les principaux obstacles rencontrés ? Fabien Dautrebande : « Beaucoup d’initiatives ponctuelles sont prises avec une récupération des matériaux in situ. Les filières se mettent tout doucement en place et les produits démontables apparaissent de plus en plus. Mais nous restons fortement dépendant des effets d’opportunités sur le marché : les cahiers des charges ont parfois des ambitions très élevées en matière de circularité et, parfois, nous trouvons notre bonheur sur le marché pour les rencontrer. Mais, parfois aussi, nous devons nous montrer très créatifs pour y parvenir… » Pour Ana de Moura Martins, les freins se trouvent notamment dans les différents rapports d’échelle. « Dans les projets à petite échelle, souvent avec des maîtres d’ouvrage privés, il existe une plus grande liberté dans l’évolution et l’adaptabilité du projet que dans les marchés publics, qui impliquent des volumes plus importants. Nous constatons une évolution positive ces dernières années, mais il subsiste néanmoins des freins concrets par rapport à la législation, aux normes, aux performances à atteindre, aux formes de garanties à attendre des entreprises. On peut ressentir une certaine frustration par rapport au potentiel énorme que l’on pourrait démonter et théoriquement récupérer, mais pour lequel l’effort et l’énergie à injecter sont tellement énormes que ce potentiel n’est pas économiquement viable. Le potentiel est là, mais dans la situation et le contexte actuels, avec le coût de la main-d’œuvre, du stockage, du transport, de la transformation, de nombreux éléments deviennent des déchets et non des gisements. »

Et d’ajouter que, d’un point de vue législatif, « si les bâtiments doivent devenir plus flexibles et évoluer, cela impliquera également une adaptation et une évolution de la réglementation urbanistique. Aujourd’hui, si l’affectation et l’utilisation des bâtiments sont bridées par des réglementations trop contraignantes, cela entraîne une vraie limite de conception en amont. »

De nouveaux modèles économiques nécessaires

Un des éléments constitutifs de la construction circulaire est le développement de nouveaux modèles économiques visant à créer de la valeur ajoutée pendant tout le cycle de vie des bâtiments et des matériaux. Econocom Lease accompagne les entreprises et les pouvoirs publics qui le désirent dans la mise en œuvre de modèles économiques 'en tant que service'. Comme l’explique son Deputy Managing Director, Christian Levie, « en économie circulaire, ce qui est important, c’est la gestion de l’ensemble du cycle de vie. Il faut avoir la volonté de prolonger le plus possible l’usage et la durée de vie utile des matériaux et des composants du bâtiment et surtout de définir les différents rôles. » Et de rappeler que, si le fournisseur ne vend plus son produit comme avant mais en assure toujours l’entretien et le niveau de qualité, cela a un impact financier très important pour lui et crée d’énormes besoins de trésorerie. Econocom et le secteur financier peuvent porter cette propriété et décharger le fabricant de toutes les contraintes financières tout en lui permettant de vendre et de continuer ses activités. Christian Levie évoque enfin la nécessité d’anticiper la valeur des matériaux, le coût total d’usage, et remarque qu’il n’est pas logique de faire payer tout le prix par le premier utilisateur.

Quatre courtes présentations de produits et services circulaires de partenaires sont également venus rythmer l’événement : les panneaux d'isolation thermique de Gramitherm composés de fibres d’herbe naturelle et de jute recyclée, le service ‘No Roof to Waste’ de Derbigum permettant de récupérer et de recycler les déchets de pose et les membranes bitumineuses en fin de vie, les produits acoustiques ‘en tant que service’ de DOX Acoustics et les conseils et services de NNOF dans le domaine des aménagements de bureaux

 

Vous souhaitez voir ou revoir cet événement ? Pas de problème ! Il vous suffit de cliquer ici.

Enfin, n’oubliez pas de suivre sur notre site, ces prochaines semaines, la ‘saga’ du circubuild award. A qui sera attribuée en premier cette récompense dynamique et itinérante ? Et qui seront les lauréats suivants ? Affaire à suivre...

 

Actualités - Vue d'ensemble