Rénovation des bureaux de l’Ordre des Architectes : priorité à la circularité ! | circubuild.be

Rénovation des bureaux de l’Ordre des Architectes : priorité à la circularité !

  •   18 janv. 2021
  • Michel Charlier

En association avec Luca Frongia, l’architecte bruxelloise Coralie Van Pottelsberghe a conçu la rénovation des bureaux de l’Ordre des Architectes, situés dans le building Glaverbel à Watermael-Boitsfort. Pour ce projet, elle a décidé de s’inscrire dans une démarche totale de construction circulaire et de ses principes : démontabilité des éléments, réemploi des matériaux, modularité des espaces… aujourd’hui et demain mais également en fin de cycle de vie du bâtiment.

 

« La circularité du projet n’était ni une exigence, ni une contrainte, mais bien une volonté autour de laquelle tout le concept s’est développé, et qui est le fil rouge de l’ensemble de notre travail », explique d’emblée Coralie Van Pottelsberghe. « Indiquer ‘matériaux écologiques ou recyclés’ dans un cahier des charges n’est pas suffisant, c’est bien dans une conception intelligente circulaire que résident les plus grandes possibilités d’action – et aussi les plus créatives - face au réchauffement climatique. »

Forme et luminosité

La forme particulière du bâtiment Glaverbel a amené les architectes à penser en terme de séquences. Courbes ou rectilignes, les lignes directrices habillent l’espace, un grand plan libre en forme de quartier mais qui nécessite des adaptations pour convenir au fonctionnement des deux organes de l’Ordre des Architectes, le Conseil Francophone et Germanophone (Cfg_OA) et le Conseil de Bruxelles-Capitale et du Brabant Wallon (BCBW).

« Au premier regard, c’est la luminosité qui nous a troublés », se souvient Coralie Van Pottelsberghe. Une cassure évidente entre l’intérieur, sombre et sobre, et l’extérieur, lumineux et luxuriant, cassure accentuée par l’éclairage artificiel, mais également par une hauteur sous plafond limitée et par la teinte foncée du sol qui écrasent l’espace. « Cloisonner l’espace était une nécessité. La fonctionnalité est le critère prépondérant en matière d’aménagement de bureaux. Les unités individuelles et fermées restent le rêve d’une majorité de travailleurs qui y apprécient le calme et l’intimité. Mais ce type d’aménagement n’est pas propice à une bonne efficacité car il limite physiquement les échanges et la communication. » Les architectes proposent alors une conception qui permet à la fois de limiter l’intervention au strict nécessaire et de prévoir son adaptation dans le temps puis son démontage en fin de vie.

Répartition des espaces et cloisonnement à la demande

« Le projet ne se résume pas à définir des espaces, il les suggère », explique l’architecte. « Nous voulions des espaces appropriables, modulables et agréables, où chaque utilisateur peut recréer son espace de travail imaginaire. »

Les espaces sont répartis en deux catégories, en fonction de leur degré d’intimité et d’ouverture : les zones de travail (les plus importantes en surface) et les autres zones. Les zones de travail doivent être subdivisées en 3 : les bureaux du Cfg-oa, les bureaux du BCBW et les salles de réunions communes. Les autres zones sont les pièces de stockage et de débarras ainsi que des espaces d’échange et de restauration. « La zone tempérée (radiateurs et plafonds froids), qui est aussi celle bénéficiant du plus grand apport de lumière naturelle, se situe le long de la façade principale », précise l’architecte. « Positionner des bureaux à cet endroit limite les interventions techniques et la nécessité d’un éclairage artificiel, en plus de répondre adéquatement au besoin en surfaces du programme. »

Depuis l’entrée, l’accès aux différentes zones respecte l’échelle d’intimité : le hall commun avec le locataire voisin est sobrement aménagé afin de signaler la présence de l’institution au sein du bâtiment et de créer un appel à entrer. Lorsque les visiteurs parcourent le hall pour se rendre en salle de réunion, ils aperçoivent la cafétéria et les cosy corners, mais ils n’auront pour ainsi dire aucun regard sur les bureaux, qui ne sont pourtant pas cloisonnés. « Les espaces non dédiés au travail ont en effet été volontairement placés en relation avec le hall d’entrée et le couloir qui donne sur le jardin : les cosy corners - des espaces permettant à la fois de s’isoler et de se réunir de façon informelle pour échanger - font la liaison entre les bureaux des deux organes, les salles de réunion et l’espace de restauration. Leur emplacement permet d’une part de créer un écran visuel et acoustique, et d’autre part de fonctionner aussi bien pour les employés du Cfg-oa que ceux du BCBW ainsi que pour les visiteurs. » La forme circulaire des cosy corners est la forme idéale pour se rassembler en petit nombre et créer des ‘bulles’ acoustiques.

Coralie Van Pottelsberghe : « Les deux espaces de bureaux ont été pensés comme des grands open spaces à gauche et à droite des salles de réunion, et sont subdivisés en plus petites unités par des cloisons amovibles. De la même façon, l’espace de réunion qui lui doit être cloisonné avec une attention pour les qualités acoustiques, peut être divisé en deux salles par une cloison fixe. La zone de détente, de restauration et de discussion reste libre et les espaces sont définis par le mobilier. La proposition spatiale permet aux différentes activités de cohabiter, de se renforcer, de coexister et de se développer ensemble ou indépendamment selon les besoins. »

Des matériaux de réemploi

Le projet a été conçu autour de la notion circulaire du cradle to cradle. Pour l’architecte, « l’objectif initial était de réduire l’apport de nouveaux matériaux et mobiliers. L’ensemble du mobilier a été récupéré dans les bureaux de l’Ordre. Les deux nouvelles tables rondes et leurs chaises opèrent la transition géométrique entre les cosy corners et le mobilier de la cafeteria récupéré lui aussi des bureaux de l’Ordre. Elles permettent de dynamiser par la variation cet espace de détente et de rencontre. »

« Du plateau du Glaverbel, nous avons laissé intacts les plafonds, en très bon état, ce qui a évité les difficultés d’adaptation des installations techniques mais a aidé à générer moins de déchets de chantier. Les deux ensembles vitrés métalliques de l’entrée et de la petite pièce contre le hall voisin ont été conservés dans le projet. »

Le sol, en raison de sa teinte sombre ‘écrasante’ et de son aspect sale et inachevé, a été recouvert d’une résine écologique Liquid Design (Forbo Flooring) plus claire et plus chaleureuse, composée de matières naturelles recyclables comme le liège, l’huile de lin et un liant biopolymère, facile à entretenir.

Le projet a également nécessité la création, pour les salles de réunions, de deux nouvelles cloisons performantes acoustiquement. Celles-ci se composent d’une double ossature bois isolée avec de la fibre de bois, les deux étant labellisés FSC. Les murs et les plafonds ont été couverts d’un enduit en terre Brusseleir de BC materials, aux propriétés hygrométriques et à la teinte esthétiquement proche des enduits classiques.

Les cloisons de division des open spaces ont été habillées de tissus provenant de chez Buzzispace, sélectionnés pour leurs propriétés acoustiques, leur caractère écologique (100% recyclés), leur durabilité et la facilité d’entretien.

Les cosy corners sont réalisés en bois et en tubes de carton. Cette technique, rendue célèbre par l’architecte japonais Shigeru Ban, a l’avantage d’être robuste tout en étant légère, ne nécessite aucune finition, aucun entretien et peut être aisément recyclé en fin de vie. Au-dessus de chaque bulle se trouve un luminaire à effet acoustique absorbant, modulaire et très facilement (dé)montable. Le principe des tubes en carton des cosy corners se retrouve dans le meuble du desk d’accueil, la banquette où attendent les visiteurs, mais également dans les panneaux signalétiques du hall commun.

 

Coralie Van Pottelsberghe a-t-elle des regrets quant à ce superbe projet ? « Nous n’avons malheureusement pas pu explorer davantage de possibilités de réemploi à cause des délais très courts imposés pour ce projet (NDLA : 10 mois en tout pour la conception et le chantier). Nous avions notamment la volonté de récupérer des tubes et cette possibilité fut d’ailleurs une raison importante du choix de ce matériau mais, en raison de cette contrainte de temps, nous avons dû laisser tomber nos recherches auprès des entreprises de transport ou de packagings dont nous aurions pu exploiter les ‘déchets’. »

 

Les partenaires du projet

- Bureau d’études acoustique : ASM Acoustics

- Bureau d’études stabilité : Verhelst Engineers 

- Matériaux de récupération (cloisons vitrées, carrelage) : Rotor DC 

- Enduit terre : Studio Grond sur base de terre de BC Materials 

- Ferronneries : Atelier d’Oultremont

- Menuiseries et sol en résine écologique : Veldeman bvba

- Résine écologique sol : Liquid Design de Forbo Flooring

- Entrepreneur techniques spéciales : Victro sprl

- Garnissage : Fabric-a

- Luminaires : Atelje Lyktan

 

 

Actualités - Vue d'ensemble